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Invocation face à la tentation

Eviter les erreurs d’interprétation du Coran

Articles de Fiqh

Synthèse sur la dot en islam

Lors d’un mariage en islam, la dot donnée à la femme constitue une des obligations. Pour les malikites elle est même un pilier (rukn) du mariage sans quoi il n’est pas valide. C’est à dire qu’on ne peut se marier en décrétant l’absence totale de dot, et cela invalide le mariage. En revanche, il est possible de se marier sans mentionner ni préciser la dot au moment du contrat mais sans l’exempter pour autant : elle sera alors déterminée par les époux et le tuteur ultérieurement. Dans un certain nombre de cas juridique, on revient à la « dot d’équivalence » (selon la condition de la femme). Le fiqh islamique a aussi prévu tous les cas possibles si des désaccords surviennent au sujet de la dot ou que des incidents de la vie surviennent (divorce, décès, perte de la dot etc.) avant que l’épouse ne puissent la toucher.
Le minimum de la dot fait l’objet de divergence entre les écoles juridiques : 10 dirham pour les hanafites, un quart de dinar (ou 3 dirham légal) pour les malikites, et pour ces deux écoles elle doit être un bien et non un service rendu, et pas de minimum pour les chafî’ites et les hanbalites (ne serait-ce qu’une bague en fer. Elle peut aussi être un service comme apprendre le Coran, ibn Hanbal ayant deux narrations sur les deux avis à ce sujet). Il n’y a pas de montant maximum.
À savoir que selon plusieurs récits le Prophète saws a donné à ses épouses une dot de 480 dirham ou 12 uqiyyah d’or, ce qui est un montant conséquent (environ deux fois et demi le nisab pour la zakat).

Doit-on payer la zakat sur les bijoux ?

La vidéo synthétise les principaux aspects juridiques sur la question de la zakat sur les bijoux à la lumière des grandes écoles de jurisprudence islamiques.

Pour ceux qui voudraient un approfondissement plus poussé sur cette question, nous mettons en annexe sur le site internet un document de 5 pages extrait de l’encyclopédie de Fiqh du savant contemporain wahba az- Zulayhi : al Fiqh al islamiyy wa adillatouh. Plus de détails selon les 4 grandes écoles de jurisprudence sont explicités dans cet extrait (en arabe uniquement). Vous pouvez également vous référer aux grands livres avancés de Fiqh pour une école/mazhhab donnée pour des questions subsidiaires comme la zakat sur les bijoux constitués d’alliage d’or ou d’argent avec d’autres métaux, d’autres types de bijoux haram sur laquelle la zakat est obligatoire, des discussions plus poussées sur l’authenticité de certains hadiths, ou enfin d’autres récits (hadiths ou athar) sur la question qui n’ont pas été traités dans la vidéo : celle-ci a pour vocation de constituer une synthèse et non de traiter en totalité des nombreux et complexes aspects dont les fuqaha ont parlé.

Enfin, nous avons souhaité avertir le public francophone au sujet d’un type d’opinion sur cette question (comme sur d’autres) clamant avoir trouvé « l’avis correct ou la fatwa correcte ». Cette question de la zakat sur les bijoux en or et en argent fait l’objet de divergences des plus grands savants de l’islam depuis le début, chacun ayant ses arguments/dalil bien fondés scientifiquement selon le Coran, la Sunnah et les méthodes de l’Ijtihad. Notamment la divergence est due aux hadiths du Prophète saws et athars de sahaba qui sont eux-mêmes divergents : dans pareils cas les savants du hadîth et du fiqh utilisent de nombreux procédés pour établir la prépondérance de certains récits et leurs interprétations, chacun selon leur choix méthodologiques. Puisque nous n’avons plus accès à la parole prophétique en direct mais à ses traces historiques collectées par les transmetteurs et les savants, des livres sur les hadiths transmis avec des sens contraires ont été rédigé afin de fournir des éléments d’explications : les détails poussés de ces sciences ne sont pas enseignés dans les cursus classiques de sciences islamiques par lesquels passent généralement les étudiants en religion du monde musulman, ils relèvent d’un niveau plus élevé ou ne sont pas l’objet de cours.

Ainsi certaines personnes ayant étudié les sciences islamiques, à notre époque ou même avant, n’étant pas au fait de tous ces développements complexes, vont penser avoir trouvé « l’avis correct » sur la question, alors qu’il est plutôt de mise qu’ils reconnaissent les limites de leur connaissance et que la divergence des plus grands savants que l’histoire islamique a connu peut être indépassable.

Le jugement de l’imam Mâlik au sujet de la présence des enfants à la mosquée

Le jeûne surérogatoire de la femme mariée

Une question qui concerne tous les couples : qu’en est-il pour une femme mariée d’accomplir des jeûnes surérogatoires sachant que son mari a un droit sur elle quant aux relations conjugales ?Les deux époux ont des droits et des devoirs l’un sur l’autre et sont censés vivre dans l’affection et la miséricorde mutuelle sans frustrer l’autre, et c’est une chose qu’il faut savoir articuler avec sa spiritualité individuelle. Sur la question précise il existe un hadith authentique du Prophète Muhammad saws. Afin de fournir une réponse développée, nous reproduisons ici la traduction et l’original de la célèbre encyclopédie contemporaine de Fiqh du grand savant syrien az-Zuhayli, qu’Allah lui fasse miséricorde.Au paragraphe « Le jeûne harâm/interdit chez le jumhûr/la majorité ou makrûh tahriman chez les hanafites. »
« Le jeûne surérogatoire de la femme sans l’autorisation de son mari ou sans s’être assurée de son consentement [est donc interdit]. Ceci, à moins qu’il n’ait pas besoin d’elle en raison de son absence ou qu’il soit sacralisé pour le Hajj ou la ‘Umrah, ou s’il fait l’I’tikaf. L’argument est le khabar [récit prophétique ici] dans les deux Sahih [al Bukhari et Muslim]. « Il n’est pas permis à une femme de jeûner si son mari est présent, sinon avec son autorisation ». Car le droit du mari vis-à-vis de sa femme est une obligation, or elle ne peut pas abandonner une obligation pour un acte surérogatoire. Cependant si elle jeûne sans son autorisation, son jêune sera valide mais harâm, comme le caractère interdit d’une prière effectuée dans une maison usurpée. Il appartient à l’époux [s’il le désire], de lui faire rompre son jeûne parce que son droit sur elle a la priorité. Et ce jeûne est makrûh tanzîhan [réprouvé] chez les hanafites. »Traduction de az-Zuhayli, Al Fiqh al Islamiyy wa-l-adillatouhou, tome 2, p. 579.

La possibilité de suivre des avis d’écoles juridiques différentes

La question de suivre ou non une école juridique, sans en sortir, ou bien de pouvoir choisir des avis dans différentes écoles juridiques, est un débat qui anime également les musulmans vivant en pays non musulman à notre époque, sachant que cette question est loin des problèmes quotidiens de la plupart d’entre eux. En effet la priorité pour l’ensemble des musulmans est d’apprendre ce que signifie avoir une approche scientifique des problèmes juridiques et théologiques de la religion, de connaître les références à suivre en la matière, et d’avoir des réponses adaptées à leur contexte. Bien sûr l’approche affective et spirituelle de la religion peut être faite par tout un chacun, qui va s’efforcer de se rapprocher d’Allah et de faire le bien ; mais ici nous parlons d’être capable de donner des réponses scientifiques à ce que signifient le Coran et la Sunnah sur une multitude de questions selon notre contexte avec ses particularités. Nous observons que la plupart du temps les musulmans ne s’efforcent pas de se baser sur les savants mujtahidun qui sont des références scientifiques reconnus au travers des siècles, ou sur des conseils de savants contemporains pour les problèmes nouveaux. Ils se basent plutôt la plupart du temps soit sur leur compréhension personnelle du Coran et des hadîths qu’ils connaissent, ou fonctionnent par imitation sociale des gens de leur entourage (réel ou virtuel) n’étant nullement spécialistes, sans se rendre compte qu’il s’agit d’une connaissance très parcellaire qui ne peut répondre solidement à des problèmes théologiques plus ou moins complexes.

Concernant maintenant les grandes écoles juridiques, qui sont le travail le plus abouti des mujtahidun, deux citations de savants anciens qui sont de grandes références sur la possibilité de suivre plusieurs avis :

1/Suivre ou non une seule école juridique

Certains (savants) ont opté pour la permission (du mélange des avis), comme dans (l’ouvrage) « Le grand commentaire d’ad-Dusûqî1 », dans la phrase : « Dans le mélange des avis émanant de deux Ecoles dans une seule adoration, il existe deux avis : l’empêchement, et il s’agit de l’avis des égyptiens, et la permission, et il s’agit de l’avis des maghrébins qui est l’avis prévalent. » Fin de citation.
وذهب بعضهم إلى الجواز , جاء في  » الشرح الكبير للشيخ الدردير وحاشية الدسوقي « (1 / 20): « وَبِالْجُمْلَةِ : ففِي التَّلْفِيقِ فِي الْعِبَادَةِ الْوَاحِدَةِ مِنْ مَذْهَبَيْنِ طَرِيقَتَانِ : الْمَنْعُ ، وَهُوَ طَرِيقَةُ الْمَصَارِوَةِ , وَالْجَوَازُ ، وَهُوَ طَرِيقَةُ الْمَغَارِبَةِ وَرُجِّحَتْ  » انتهى

2/ L’interdiction de réunir les dérogations des uns et des autres

Soulayman at-taymî a dit : si tu réunis les dérogations (rukhsah) de tous les savants tu y rassembles le mal entièrement.

Abu ‘Umar ibn abdelbarr a dit : Ceci est un consensus dans lequel je ne connais aucune divergence.‏ ‏.‏قال سليمان التيمي :  » إن

أخذت برخصة كل عالم اجتمع فيك الشر كله

قال أبو عمر ابن عبد البر : هذا إجماع لا أعلم فيه خلافاً

Pour conclure il faut retenir deux idées :

-l’avis prévalent chez les malikites est que l’on peut prendre des avis d’autres écoles (même au sein d’une seule adoration).

Suivre une école juridique est une question de cohérence méthodologique, d’efficacité et de facilité dans l’apprentissage (aussi de s’épargner les difficultés des divergences permanentes), sans que cela conduire à une difficulté insurmontable dans la pratique en s’empêchant de considérer ce qui existe ailleurs chez d’autres grands mujtahidun.

-Mais il y a une limite : il est interdit de conduire au laxisme de ne choisir que les avis les plus faciles, les dérogations (rukhsah) notamment, sans même parler des avis laxistes qui ne sont pas de réels ijtihad. On ne pourrait concevoir par exemple d’effectuer la prière d’une façon qui ne soit valable selon aucune école, à force d’avoir abusé du mélange des avis.

1 Il s’agit du commentaire de l’explication du chaykh ad-Dardîr du mukhtassar de Khalîl (20/1), à savoir l’ouvrage de référence de fiqh par excellence de l’école malikite.

Augmenter ses hassanat après sa mort avec le testament

Etablir un testament1 pour une bonne œuvre (comme faire aumône de ses biens) est un acte recommandé selon les écoles malikites et hanafites2. Cependant celui-ci est limité au tiers de ses biens : le reste étant pour les ayants-droit à l’héritage.3

Ainsi, le Législateur nous a donné cette possibilité de donner des aumônes après notre mort via à un testament, par exemple en faveur des pauvres, ou de nos proches qui n’héritent pas de nous4, ou de la construction d’une mosquée, d’un hôpital, d’une madrassa enseignant les sciences religieuses etc., comme y fait référence le hadîth suivant  :

« En vérité, Dieu vous a fait l’aumône du tiers de vos biens au moment de votre mort, afin que vous puissiez accomplir plus d’oeuvres. » Sunan ibn Mâjah

1 L’Envoyé d’Allah saws a dit : « Il ne convient pas à un musulman qui a de quoi faire un testament de passer deux nuits sans que son testament soit écrit auprès de lui ». Rapporté par al Boukhârî, Muslim, Mâlik.

2 Cf la Risala d’ibn abi Zayd al Qayrawan pour l’école malikite et Mukhtassar al Quduri pour l’école hanafite.

3 Concernant le défunt musulman, on prélève d’abord sur ses biens de quoi régler les frais de funérailles, puis d’éventuelles dettes, puis le testament s’il y a et enfin on répartit le reste sur ses héritiers selon la loi islamique, que l’on vive dans un pays musulman ou non. S’il reste après cela de l’argent (comme s’il n’y a pas d’héritier, ou des héritiers dont leur part n’absorbe pas tout l’héritage), le trésor public (dans un pays musulman) le récupère selon le rite malikite. Mais s’il n’y a pas de trésor public, comme en pays non-musulman, l’avis des malikites tardifs est de procéder au radd (on renvoie le reste de l’héritage aux héritiers proportionnellement à leur quote-part), puis à la distribution de l’héritage aux utérins qui n’héritent pas habituellement.

4 S’il y a à la fois des musulmans et des non-musulmans dans une famille, la différence de religion fait qu’ils n’héritent pas les uns des autres en islam, mais ils peuvent faire des testaments les uns en faveur des autres. Cela peut-être très utile dans les familles de convertis. Voir à ce sujet notre article sur safiyyah l’épouse du Prophète saws qui fit un testament d’une grande somme d’argent à son neveu resté juif à l’époque de sa mort.

La spiritualité des femmes à l’époque prophétique

Donner aux nécessiteux comme les grandes compagnonnes !

Alors que des personnes en situation de précarité vivent proches de nous, et que des millions d’autres se meurent depuis des années en raison de famines, de maladies ou de guerres, le reste du monde vivant à l’abri de ce type de calamité se doit d’aider par des dons, de l’aide humaine et matérielle, en plus des invocations en leur faveur que nous pouvons faire en tant que croyant.

A ce titre, plusieurs des grandes compagnonnes sont des modèles de charité :

  • Penser aux autres dans le besoin et prendre son temps pour eux

Umm Dharra rapporte : Ibn az-Zubayr envoya de l’argent à ‘Aicha dans deux sacs qui revenaient à 100 000 dirhams, et elle demanda après un bol. Elle jeûnait ce jour et elle commença à diviser l’argent entre les gens. Le soir venu, elle dit : « fille, apporte-moi mon repas de rupture du jeûne. » Umm Dharra dit : « mère des croyants, de ce que tu as dépensé tu aurais pu utilisé quelques dirhams pour acheter de la viande avec laquelle tu aurais rompu le jeûne. Elle dit : Ne me réprimande pas, si tu me l’avais rappelé, je l’aurais fait. » (Tabaqât al Kubra, ibn Sa’d al Baghdâdî, volume 8.)

Egalement le Prophète saws épousa au 31ème mois de l’hégire une femme du nom de Zaynab bint Khuzaymah. Dès l’époque de la Jahiliyyah, elle fut surnommée « la mère des pauvres » du fait de sa grande générosité envers les pauvres et miséreux. Dévouée à Allah et au Prophète ﷺ, elle tomba malade et mourut 8 mois après son mariage, au 39ème mois de l’hégire : le Prophète saws fit la prière funéraire sur elle et l’enterra au cimetière de Médine al-Baqî’. (Tabaqât al Kubra, ibn Sa’d al Baghdâdî, volume 8)

  • Donner sans compter

D’après Asma qu’Allah l’agrée qui a dit : le Prophète saws m’a dit : « ne retiens pas (ce que tu donnes) sinon on retiendra à ton encontre. » Dans une autre version il a dit : « Ne mets rien de côté, sinon Allah mettra de côté (des récompenses) à ton encontre. » (Sahih al Boukhârî)

Et ceci alors que dans la version rapportée parat-Tirmizhy, c’est Asma elle-même qui questionna :«  O Messager d’Allah ! Je ne possède rien à part ce qui me parvient par az-Zubayr (son mari), doit-je en donner (en aumône) ? » Puis il lui répondit comme cité plus haut.

  • Travailler pour donner l’argent récolté en aumône

Umm Salama dit au sujet de sa co-épouse Zaynab bint Jahch, qu’Allah les agrée : « Elle était une femme vertueuse qui jeûnait et priait ; elle travaillait et donnait tout en sadaqah pour les pauvres » (Tabaqât al Kubra, ibn Sa’d al Baghdâdî, volume 8)

Bien d’autres exemples de charité de la part des compagnonnes pourraient être cités. Il faut dire qu’elles ont fait parti de cette génération éduquée par le Prophète saws en personne : lequel leur a appris à préférer l’au-delà à l’ici-bas et a enjoint particulièrement aux femmes plus d’une fois de faire preuve de générosité, comme dans l’exemple suivant :

Abû Hurayra rapporte que le Prophète saws s’est adressé aux femmes en disant : « Assemblée de femmes musulmanes ! Que l’une d’entre vous ne méprise d’offrir à sa voisine ne serait ce qu’un maigre pied de brebis ». (Sahih al Boukhari)

A nous de faire sadaqah pour concourir aux bonnes actions, pour secourir les affligés, pour effacer nos péchés !

Aïcha, la mère des croyants, rapporte que le Messager d’Allâh saws a dit :

« Celle d’entre vous qui me rejoindra le plus rapidement (dans la mort) est celle dont le bras est le plus long ». Elle dit : « Nous comparions ainsi la longueur de nos bras (comprenant cela littéralement) ». Elle ajouta : « Celle qui avait en fait le bras le plus long parmi nous était Zaynab, car elle effectuait des travaux manuels et en faisait l’aumône ». (sahih Muslim)

Selon d’autres versions, ce sont les épouses qui lui posèrent en premier la question. Elles prirent l’expression « le bras le plus long » littéralement et comme Zaynab bint Jahch était petite de taille ce n’était pas elle qui avait le plus long bras.

Cependant, quand elle décéda la première, en l’an 20 de l’hégire (selon ibn Sa’d al Baghdâdî), les autres épouses comprirent qu’ils ne s’agissait pas d’un critère physique. Elles savaient la grande générosité de Zaynab et réalisèrent que « le bras le plus long » signifiait la générosité.

En effet selon `Aïcha, « Zaynab [bint Jahch] était une femme qui faisait du travail manuel, elle tannait et perçait le cuir et donnait laumône dans la voie d’Allâh. » (Tabaqat al Kubra, ibn Sa’d al Baghdadi).

Le récit suivant illustre à quel point elle était détachée de l’argent et du matériel et aida de nombreuses personnes :

« Lorsque la pension fut payée, ‘Umar envoya à Zaynab bint-Jahsh sa part. Lorsque cela lui fut amené, elle dit : -Qu’Allah fasse miséricorde à ‘Umar. Mes autres soeurs sauront mieux le diviser que moi.-Cela est entièrement pour toi dirent-elles.-Dieu m’a bénit, dit-elle, et elle couvrit son visage avec sa cape de sorte qu’elle ne puisse le voir (l’argent). Ensuite elle dit : « videz-le et mettez un vêtement dessus ». Puis elle me dit : « plonges-y ta main, prends-en une pleine poignée et remet-la à tel et tel », faisant parti de ses proches et orphelins sous sa protection. Ainsi je distribuais l’argent jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une petite portion sous le vêtement. Ensuite je dis : -qu’Allah te fasse miséricorde ô mère des croyants. Par Allah, en vérité nous avons un droit sur cet argent. -Tu peux avoir ce qui est sous le vêtement, répondit-elle. Et nous avons ainsi trouvé 580 dirhams. Puis elle leva ses mains vers les cieux et dit : « Ô Allah, ne fait plus venir de pension de ‘Umar après cette année ». Puis elle mourut. ». (Cité par Balazhûrî dans Futuh al buldan)

Une autre épouse, Umm Salama, fit cette éloge au sujet de Zaynab bint Jahch : « Elle était une femme vertueuse qui jeûnait et priait ; elle travaillait et donnait tout en sadaqah pout les pauvres » (Tabaqat al Kubra, ibn Sa’d al Baghdadi).

Le rôle de ‘Asma bint Abî Bakr dans l’hégire de l’Envoyé d’Allah saws

Ce qui rendit Asma bint Abï Bakr le plus célèbre est sans doute le rôle actif qu’elle joua en aidant le Prophète, paix et bénédiction d’Allah sur lui, et son père lors de l’hégire. Ce fut notamment elle qui les approvisionna en nourriture tout en cachant leur localisation. Voici le résumé des événements d’après la Sira d’ibn Hicham : après que le Prophète, paix et bénédiction d’Allah sur lui, échappa au complot visant à le tuer dans son lit où ‘Ali a avait pris sa place, il alla se réfugier chez Abu Bakr. « Selon ibn Ishaq (élève d’abu Hanifah, écrit sa sira vers fin du 1er siècle), personne ne connaissait le moment exact auquel le Prophète émigra excepté ‘Ali, Abu Bakr et sa famille1. » Abu Bakr avait demandé la permission au Prophète de l’accompagner et tous deux partirent se réfugier dans la grotte d’une montagne derrière la Mecque appelée Thawr. Abdullah le fils d’Abu Bakr était chargé d’écouter les nouvelles de leurs recherche par les Quraych le jour, pour leur rapporter la nuit, de même que Asma’ venait la nuit leur apporter des provisions, et le serviteur d’Abu Bakr, ‘Amir ibn Fuhayrah faisait marcher le troupeau de mouton la journée pour effacer les traces de ces passages, tout comme il leur ramenait du lait des moutons de jour. Ils restèrent 3 jours dans la grotte puis décidèrent de partir avec le sac de provision de Asma. Al Boukharî dans son sahih relate un hadîth qui donne une autre précision sur la manière dont Asma approvisionnait Abu Bakr et le Prophète, paix et bénédiction d’Allah sur lui : le surnom d’Asma comme « la femme aux deux ceintures » est depuis passé à la postérité.
Asma a dit : « Lorsque le Prophète (prière et salut sur lui) décida de partir pour l’Hégire, je me chargeais de préparer les provisions de route dans la maison d’Abou Bakr, mais je ne trouvai pas de corde pour nouer son sac de vivres et sa gourde. – Je ne dispose pour les nouer que le cordon de ma ceinture, dis-je à Abou Bakr. – Sépare-le en deux, me dit-il et noues-en avec, la gourde et le sac. J’obtempérais à ce qu’il me dit et depuis, on m’appelle la femme aux deux ceintures, conclut Asma. »
En conclusion, cette anecdote montre comment une éminente femme musulmane a participé à la cause d’Allah. Egalement la meilleure parole pouvant illustrer l’esprit que doit avoir le musulman lorsqu’il agit pour sa religion dans ce même contexte est le verset qu’al Boukhârî cita concernant cette histoire :
« Emportez des provisions de route, mais la crainte de Dieu est la meilleure des provisions. » (Coran s.2 v.197) 

1 Sa famille comprenait ses deux filles Asma et Aïcha.

L’hégire des femmes de la famille du Prophète saws

Nous connaissons généralement le déroulement de l’hégire du Prophète Muhammad saws de La Mecque à Médine, comment Allâh ta’ala le soutint et le sauva miraculeusement à plusieurs reprises, comment le Prophète saws resta serein face aux dangers, et bien d’autres péripéties riches d’enseignements spirituels et moraux : cette hégire pour la foi en Allâh demeure une histoire du passé avec de multiples leçons à tirer pour le présent.

Mais qu’en est-il de l’hégire des femmes de sa famille ? Nous évoquons ce récit rarement mentionné dans cette vidéo :

L’ascétisme de Aïcha

Méditons sur notre consommation de nourriture et celle rude qu’a connu de notre mère Aïcha, qu’Allah l’agrée, de même que les autres mères des croyants (d’autres récits font état de repas plus copieux lors de certaines occasions que ceux cités ci-dessous) :
Selon Abou Hazem, Abou Horaïra a dit : « La famille de Mohammed ne mangea pas convenablement trois jours de suite et cela dura jusqu’à la mort du Prophète. » (sahih al Boukhârî).
Selon ‘Urwa, ‘Aïcha lui dit un jour : « Ô mon neveu ! Nous avons aperçu le croissant, puis le croissant et le croissant, trois fois le croissant en deux mois, sans que l’on n’ait allumé du feu dans la demeure de l’Envoyé de Dieu. – Ô ma tante ! Dis-je, alors de quoi vous nourrissiez-vous ? – De deux choses noires, répondit-elle, les dattes et l’eau. Cependant les Ansar qui étaient voisins de l’Envoyé de Dieu disposaient du droit de traire certaines bêtes. Aussi, ils offraient de ce lait à l’Envoyé de Dieu qui nous en donnait à boire. » (Sahih al Boukhârî).‘ Aïcha a dit : « L’Envoyé de Dieu était mort et il n’y avait plus chez moi, d’autre nourriture mangeable par un être humain, qu’une demi-mesure d’orge rangée sur un rayon. J’en mangeai pendant un certain temps puis, après avoir mesuré ce qu’il en restait, je vis la réserve s’épuiser rapidement. » (Sahih al Boukhârî).

Une compagnonne noire dont se souciait le prophète saws

Si tout le monde connaît le compagnon Bilal et sa grande valeur, les femmes noires parmi les compagnons sont bien moins connues. Nous allons voir l’histoire de l’une d’entre elles, lorsqu’elle rencontra le Prophète saws pour lui demander d’invoquer Allah subhana wa ta’ala, afin de lui enlever sa maladie. Son récit est présent dans les recueils de hadiths les plus connus tel que le sahih d’al Boukhârî (5652), le sahih Muslim (2576) et d’autres.

Ibn Hajar a rapporté différentes variantes de son histoire dans une notice biographique par son surnom (kounya) : Umm Zufar1alhabachiyyah. Il précise que son vrai nom aurait été sou’ayrah ou bien chouqayrah. Son nom n’est pas précisé dans les versions les plus connues du hadîth, mais les spécialistes du hadîth l’ont retrouvé grâce à d’autres livres.

Dans la version d’al Boukhârî et de Muslim :

‘Atâ’ ibn Abî Rabâh m’a narré : ibn ‘Abbâs m’a dit : « ne te montrerais-je pas une femme parmi les gens du paradis ? J’ai dit : oui ! Il a dit : cette femme noire est venue au Prophète saws et a dit : j’ai des crises d’épilepsie et je me découvre (déshabille malgré moi), invoque donc Allah pour moi. Il dit : Si tu le souhaites, patiente, et tu auras le paradis, et si tu le souhaites j’invoque Allah qu’Il te guérisse. Elle répondit : je patiente. Elle ajouta : mais je me découvre, donc invoque Allah pour que je ne me découvre plus. Et Il invoqua pour elle. »

Enfin l’histoire de Umm Zufar est aussi une grande source d’espoir pour toutes les personnes atteintes d’une maladie chronique toute leur vie : si elles acceptent ce décret d’Allah et patientent, la récompense peut être immense (le paradis incha Allâh).

1Dans al Isâbah fi tamiyz as Sahaba, vol 14, p. 367-9.

Zaynab priait tellement longuement qu’elle s’accrochait à une corde

« Anas ibn Mâlik (qu’Allah soit satisfait de lui) a dit : Pénétrant dans la mosquée, le Prophète (saws) aperçut une corde tendue entre deux colonnes. -« Qu’est-ce que cette corde? », demanda-t-il, – « C’est la corde de Zaynab. Elle s’y accroche quand -en priant-elle sent quelque paresse ou éprouve quelque fatigue ». – « Détachez-le et que chacun prie autant qu’il puisse; quand il se sent las ou fatigué, qu’il s’assoie! », reprit le Prophète »(saws) ». Sahih Al Boukhârî et Muslim.

Une leçon de foi de Safiyyah bint Huyyay

Safiyyah bint Huyyay qui se convertit à l’Islam après le Judaïsme tout en épousant le Prophète saws à l’âge de dix-sept ans(1), devint rapidement une fervente croyante.

Des années après la mort de son mari, « elle avait une maison qu’elle donna en sadaqah de son vivant »(2).

Apparemment des musulmans s’y regroupaient pour adorer Allah. On a rapporté que (voyant l’état de leur adoration), elle aurait dit aux gens qui s’étaient rassemblés dans sa maison : « vous vous prosternez, vous lisez le Coran, mais où sont les pleurs ? »(3)

1) Ibn Sa’d al Baghâdî, Tabaqât al Kubra.

2) Ibn Sa’d al Baghâdî, Tabaqât al Kubra.

3) Samiah Mnisi, Ummahâtu-l-mu’minîn wa banâtu-l-hâdî-l-bachîr.

Safiyyah (épouse du Prophète saws) et son testament envers son neveu juif

Safiyyah bint Huyayy était la fille de Huyayy ibn Akhtâb, le chef de la tribu juive de Khaybar alliée des Quraysh dans leur lutte contre les musulmans. Après la bataille qui s’ensuit en l’an 7 de l’hégire, Safiyyah choisit d’accepter la proposition du Prophète pbDsl de se convertir à l’Islam et de l’épouser. Néanmoins elle garda un lien fort avec certains membres de sa famille de religion juive, comme le démontre le fait qu’à l’approche de sa mort, elle fit un testament d’un grand montant à son neveu (non musulman). Selon ibn Sa’d al Baghdâdi dans ses Tabaqat, ce n’est pas moins de 100 000 dirhams qu’elle légua à son neveu ; la dite somme étant issue de la vente de sa terre et de ses biens. A sa mort en 50 ou 52 de l’hégire, des musulmans commirent cette injustice de refuser de remettre cette somme à son ayant-droit.Aicha, en musulmane juste, savante et pieuse, intervint pour rétablir le droit de ce jeune homme et, toujours selon ibn Sa’d, dit aux musulmans : « craignez Allah et donnez-lui son testament. »Elle seule appliqua les versets du Coran qui ordonnent la justice : { Dieu ne vous interdit pas d’être bons et justes envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre religion et qui ne vous ont pas expulsés de vos demeures. } (sourate 60 verset 8) 

Safiyyah, Aicha et les autres mères des croyants sont des modèles de droiture à maints égards, qui doivent inspirer les générations futures.

La valeureuse Salma : sage-femme pour tous les enfants du Prophète saws

Sa biographie donnée par ibn Sa’d al Baghdâdî dans ses Tabaqât al Kubra : « J’ai entendu qu’il est dit qu’elle fut la cliente mawla (mawla, esclave émancipé) de Safiyya bint ‘Abdu’l Muttalib. Salma fut la femme d’Abu Rafi’, le client (mawla) du Messager d’Allah (saws) et la mère de son enfant. C’est elle qui fut la sage-femme de Khadija bint Khuwaylid lorsqu’elle donna naissance aux enfants du Messager d’Allah. Elle préparait le nécessaire à l’avance. Elle fut la sage-femme de Maria, la mère d’Ibrahim lorsqu’elle enfanta Ibrahim. Elle alla à son mari, Abu Rafi’, et l’informa que Maria avait donné naissance à un garçon. Abu Rafi’ donna la bonne nouvelle au Messager d’Allah (saw). Le Messager d’Allah (saw) lui offrit un esclave. Salma était présente avec le Messager d’Allah à Khaybar. »

« Celui qui se rappellera de mes épouses est le pieux véridique »

As Miswar a dit : « ‘AbdurRahman ibn ‘Awf vendit sa propriété située à Kudayma à ‘Uthman ibn ‘Affan pour 40 000 dinars. Lorsqu’il obtint l’argent, il m’appela ainsi que ‘AbdurRahman ibn al-Aswad et quelqu’un d’autre. Il dit : collectez ces biens comme vous le jugez opportun. Je commencerai avec les épouses du Prophète saws. Ainsi il compta 1000 dinars pour chaque épouse. Lorsque cette somme leur fut donnée, elles prièrent pour lui et dirent : « le Messager d’Allah saws a dit : « seul un pieux véridique se rappellera de vous après moi », voulant désigner ‘AbdurRahman ibn ‘Awf. Ensuite ils divisèrent ce qui restait d’argent entre ses proches et rien ne resta pour lui. »(1)‘AbdurRahman ibn ‘Awf fut également celui qui accompagna, avec ‘Uthman ibn ‘Affan, les épouses du Prophète saws lorsqu’elles effectuèrent un pèlerinage sous le califat de ‘Umar ibn al Khattab. Lors du voyage, il faisait en sorte que les gens (les hommes en particulier) ne les approchaient pas, il montait le camp pour elles dans les endroits discrets et mettait des châles sur leurs palanquins (2).

1. Ibn sa’d al Baghdâdî, Tabaqat al Kubra, trad. Ang. Women of Medina d’A. Bewley, 2006, p. 148.

2. Résumé des récits sur ce pèlerinage du même livre p. 149. Un palanquin était une sorte de tente à armature portative, installée sur les chameaux lors des voyages et qui pouvait être descendue à terre lors des haltes.

La Valeur de la compagnonne Umm Sulaym

Anas Ben Malik a dit : « Un des fils d’Abou Talha tomba malade et mourut, durant l’absence de son père. Quand l’épouse de celui-ci [Umm Sulaym] vit que l’enfant était décédé, elle apprêta le repas et le disposa dans un coin. A son retour le mari demanda : – Comment va l’enfant ? – Il s’est calmé, lui répondit sa femme, et j’espère qu’il profitera maintenant de son repos. Abou Talha crut ces paroles et s’en alla se coucher. Le lendemain, après avoir procédé à sa toilette, il se préparait à sortir quand sa femme lui apprit la vérité. Abou Talha effectua la prière avec le Prophète et ensuite il l’informa du malheur que sa femme et lui venaient de subir. – Que Dieu bénisse pour vous la nuit prochaine, lui dit l’Envoyé de Dieu. »Sofiane rapporte que par la suite un homme des Ansar a dit : « J’ai vu neuf enfants d’eux et ils savaient tous le Coran. » (Sahih al Boukhârî)

Jabir ibn ‘Abdullah a rapporté que Le Messager d’Allah saws a dit : « On m’a montré le Paradis et j’ai vu l’épouse d’Abu Talha (Umm Sulaym), et j’ai entendu des bruits de pas devant moi et il s’agissait de ceux de Bilal. » (Sahih Muslim)

Les femmes aussi prêtent allégeance au Prophète pbDsl

Parmi les actes forts que les musulmans réalisaient lorsqu’ils venaient de se convertir à l’islam était le fait de prêter allégence au Prophète pbDsl. Ainsi ils s’engagaient à obéïr à des grandes prescriptions divines, à obéïr au Prophète pbDsl, et à le défendre contre ses ennemis. Point important : les femmes aussi prêtaient allégence. Que ce soit individuellement, ou même collectivement.Après la conquête de La Mecque, les qorayshites, anciennement ennemis de l’Islam, se sont converti en masse. Ils sont venus portés allégence au Prophète (saw) et parmi eux figurait un groupe de femmes conduit par Hind bint Utba. Parmi ces femmes se trouvait la soeur de ‘Uthman ibn ‘Affân, âmina bint ‘Affâ,. Rayta bint munabbih, l’épouse de ‘Amr ibn al-‘As prêta allégence le jour de la conquête et le Prophète pbDsl dit de son fils Abdallah et de ses parents qu’ils étaient excellents. Fatima bint al Walîd ibn al Mughirâ prêta allégence le jour de la conquête1.

Les femmes prêtaient allégeance sur la base du verset suivant, une fois qu’il fut révélé : { Ô Prophète ! Quand les croyantes viennent te prêter serment d’allégeance, [et en jurent] qu’elles n’associeront rien à Allah, qu’elles ne voleront pas, qu’elles ne se livreront pas à l’adultère, qu’elles ne tueront pas leurs enfants, qu’elles ne commettront aucune infamie avec leurs mains et leurs pieds et qu’elles ne te désobéiront pas dans ce qui est convenable, reçois leur allégeance, et implore d’Allah le pardon pour elles. Car Allah est Pardonneur et Très Miséricordieux. } ( s al Mumtahana v12)

  1. Ibn Sa’d al Baghdâdî, tabaqat al Kubra, trad ang. Women of Medina, p. 183.

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